|

Nous constatons et regrettons que l’exploitation actuelle du modèle vertueux du microcrédit, créé par M. Yunus et développé par des opérateurs financiers privés toujours plus nombreux, entre dans une phase d’assouplissement quantitatif qui consacre le développement trop rapide d’une jeune industrie financière sur l’autel de la sélection de «ses» pauvres et de la croissance à tout prix de son encours de crédit. Nous, on préfère le resserrement qualitatif !
On a beaucoup trop technicisé la microfinance et financiarisé aussi. Or sur le fond, elle n’est pas une affaire de professionnels de la finance, elle a aussi un lien ancien avec les humanités. Il faut prendre le temps de travailler à de nouvelles méthodologies qualitatives, sans tomber dans le piège du débat entre l’utilité et l’urgence, comme si ces deux nécessités devaient être opposées.
Une des questions les plus intéressantes dans le domaine du micro développement concerne les relations entre le quantitatif et le qualitatif et nous nous interrogeons en observant le développement de la microfinance : à quels moments un développement quantitatif se traduit-il par un changement qualitatif ?
Il est urgent de réaffirmer l'alignement de l'objet social du microcrédit avec les moyens financiers toujours plus importants collectés par l'industrie de la microfinance, de faire émerger des indicateurs quantitatifs standards d'impact du microcrédit en phase avec les recherches récentes, d'imposer localement un cadre règlementaire du risque et des bonnes pratiques. En clair, il faut faire le ménage dans le modèle avant de le répliquer à une taille critique à la hauteur de l'enjeu de la lutte contre la pauvreté.
|